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« Un rôle de transmission »

À Liège, le Théâtre de marionnettes est une véritable institution qui ravit les enfants avec des spectacles aussi drôles qu’éducatifs. Rencontre avec Anthony Ficarrotta, celui qui œuvre derrière la scène.

C’est par une de ces journées où il ne pleut qu’une seule fois que je me rends au Musée de la Vie Wallonne pour y rencontrer Anthony Ficarrotta. Dans ce magnifique bâtiment, ce jeune homme de trente-trois ans – « les gens sont toujours surpris par mon âge, ils imaginent quelqu’un de plus vieux », sourit-il – m’invite à pénétrer dans son antre et à découvrir l’envers du décor.

Les marionnettes, ce Liégeois baigne dedans depuis tout petit. Son papa y a fait carrière et lui-même y a bossé comme étudiant. Après des études en Communication et quelques années comme correspondant pour Sudpresse, il est devenu responsable du Théâtre de marionnettes en 2016-2017. « Je n’ai pas vraiment l’impression de travailler. J’arrive à chaque fois heureux. C’est un métier qui sort de l’ordinaire », me confie-t-il. C’est que sa fonction est très diversifiée. Chaque année, Anthony joue entre deux cents et deux-cent-cinquante spectacles lors de représentations privées et publiques, écrit les nouveaux textes et sculpte les marionnettes dont il a besoin.

« La sculpture, c’est un long cheminement, il faut s’accrocher. Au début, logiquement, j’étais très mauvais. J’ai beaucoup observé pour comprendre comment aborder la matière et j’ai progressé au fil du temps », constate-t-il. « Quand j’étais à l’étranger, j’emmenais constamment ma compagne dans les musées et les églises pour observer les statues. Et durant une période, je scrutais les arcades sourcilières des passants car je bloquais là-dessus (rires). » En observant les récentes productions de ce joyeux drille, je reste bouche bée devant la finesse du travail accompli.

Avec une très belle collection dont les inévitables Tchantchès et Nanesse – « ce sont souvent eux les vedettes des spectacles et grâce à eux que le message va se transmettre », me spécifie Anthony – ainsi que de constantes nouvelles figurines, le Théâtre de marionnettes est presque un musée à lui tout seul, certaines pièces étant d’ailleurs exposées. Quant aux spectacles, ceux-ci aussi sont nombreux. « Je tourne avec une quarantaine d’histoires par année. Il y a évidemment les incontournables, notamment en fonction du calendrier, et des intemporelles. Et puis il y a de nouvelles créations car le public – qui vient parfois de loin – se renouvelle constamment. »

Anthony puise son inspiration partout autour de lui, remanie à sa sauce certains grands classiques ou aborde des thèmes plus contemporains comme la malbouffe, par exemple. « Il faut s’adapter à l’époque et à l’évolution de la société », assure ce passionné dont les yeux pétillent lorsqu’il parle de son métier. « Cela doit rester un spectacle familial, accessible aux cinq-douze ans, avec une histoire simple et drôle mais aussi avec un double niveau de lecture afin que les parents qui accompagnent leurs enfants s’amusent aussi. »

Parodique, avec des dialogues humoristiques et un côté didactique, les représentations ont le don de conquérir le cœur des enfants. Loin de se reposer sur ses lauriers, Anthony se remet en question après chaque représentation, analyse quelles blagues ont fonctionné, comment le message a été perçu et de quelle manière l’histoire a suscité l’intérêt. « C’est un processus évolutif, ce n’est pas du tout figé », m’explique-t-il. « L’interaction avec les enfants permet à chaque spectacle d’être différent. Mes jeunes spectateurs ne sont pas passifs, que du contraire, et la morale de chaque pièce plaît également aux parents. »

Pas le dernier pour susciter les rires, ce Liégeois est conscient de la mission qui lui est dévolue. « Le Théâtre de marionnettes a aussi un rôle de transmission et c’est une forme artistique qui doit sans cesse évoluer sous peine de mourir », reconnait celui dont le jeune âge est une force pour capter les tendances du moment et qui doit parfois puiser dans ses ressources physiques – notamment au niveau de sa voix – pour permettre aux enfants de passer un moment inoubliable. « Quand une blague fonctionne, je me sens bien et les échanges que je peux avoir après les représentations avec les parents et les enfants sont très souvent enrichissants. »

Depuis qu’il œuvre dans la Cour des Mineurs, cet employé de la Province de Liège a déjà vécu quelques moments homériques. Lors d’un spectacle décalé intitulé « Li naissance » – sur la nativité, donc -, Anthony a l’idée de montrer des rois mages paumés et devant se fier à la prophétie de Sheila pour être guidés par une étoile. « Le public a entonné la chanson. Ce fut un beau moment de communion car je ne m’y attendais pas. C’est gratifiant de voir les gens heureux et de pouvoir tisser une relation avec eux », sourit-il. « L’énergie de la salle me galvanise alors et c’est là aussi toute la beauté du spectacle vivant. »

À Liège, ce jeune papa a trouvé un terreau fertile à sa créativité. « La culture, c’est très important. Cela permet d’éduquer les gens, de les ouvrir au monde peu importe leur origine ou leur milieu social et de leur permettre de vivre en société », analyse-t-il. « Dans la Cité ardente, nous avons beaucoup de chance de pouvoir compter sur énormément de projets menés par la Province, la Ville ou des organismes privés. C’est assez accessible et nous sommes sans doute une des régions les mieux loties. »

Passionné par son métier, aussi affable que polyvalent et sacrément doué, Anthony est parti pour donner encore beaucoup de bonheur aux petits et aux grands. Et c’est tant mieux !

Thiebaut Colot

Plus d’informations sur www.provincedeliege.be