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Art Portraits

« Peindre est un réel besoin »

Arrivé par hasard à la peinture, Jean-Michel Dubuc est l’auteur d’une production aussi singulière qu’attrayante. Rencontre avec un autodidacte passionné.

C’est juste à côté de l’ancienne clinique Saint-Joseph, dans un bâtiment mis à disposition d’artistes par l’ASBL RhizHome, que Jean-Michel Dubuc me reçoit. Il m’entraîne au fond de la bâtisse, dans son atelier. « Cette cellule est assez monacale mais cela me permet de me consacrer exclusivement à ma peinture, sans aucune source de distraction », me précise ce Cointois que rien ne prédestinait à une trajectoire artistique. Ancien joueur de handball, professeur d’éducation physique, Jean-Michel a toutefois toujours apprécié la décoration et la photographie. « J’ai commencé par faire des pochoirs, de petites peintures et, assez vite, je me suis pris au jeu », me confie-t-il.

Une passion qui n’a fait que grandir au point d’occuper une place centrale dans l’existence de ce fringant quinquagénaire. « Si je pouvais ne faire que peindre tous les jours, ce serait fantastique », m’avoue cet autodidacte. « C’est comme une thérapie. Cela me déstresse, me permet de me libérer complètement, sans aucune restriction. » Et d’ajouter : « Quand je suis avec mes « outils », je ne vois pas le temps passer, je suis complètement immergé et je peux rester plusieurs heures sans boire ou manger. »

Le travail de Jean-Michel est axé sur la couleur avec un accent mis sur la spontanéité. « Ce que je produis est souvent le résultat d’un premier jet, je n’affectionne pas forcément revenir à un tableau car le « mood » n’est plus le même. Il y a parfois comme une forme d’urgence », me confie ce passionné qui peint à plat et souvent sur des plaques d’aluminium. « Avec la peinture, c’est comme si je déconstruisais d’abord le support avant de le reconstruire et d’inventer une autre histoire. Je choisis les couleurs de fond et puis j’en ajoute d’autres sans jamais savoir quel sera le résultat final. »

Les œuvres de Jean-Michel – volontairement sans titre, « chacun peut ainsi y voir ce qu’il veut », me précise-t-il – sont singulières et attirent l’œil au premier regard avant de nécessiter une immersion plus profonde pour en déceler les détails et les histoires qu’elles racontent. « Cela pourrait être qualifié d’art abstrait, d’expressionnisme abstrait ou peut-être d’action painting car c’est assez physique et que j’essaie de réfléchir le moins possible », tente cet artiste, profondément humble et sincère, dans l’exercice toujours compliqué de la propre description de son travail. « Peindre est en tout cas un réel besoin. »

Comme le concéderont aisément tous les artistes, le parcours est souvent semé d’embûches et de moments de doute. « Mes quatre enfants sont mes premiers spectateurs et ne sont pas toujours tendres », rigole Jean-Michel. « Je peins d’abord pour moi, avec l’envie de créer de nouvelles choses, de véhiculer des émotions mais c’est aussi important d’avoir des retours. Pour cela, alors que le Covid a chamboulé la tenue des expositions, les réseaux sociaux sont très intéressants. »

Conquis par Soulages ou Rothko, se nourrissant aussi de ce qu’il découvre sur internet, celui qui a débuté voici un lustre environ, se plaît à sortir des carcans, utiliser ses couleurs et partager ses émotions. Une mission qu’il réussit avec talent.

Thiebaut Colot

www.facebook.com/jeanmichel.dubuc.1