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« Le sport contribue à mon équilibre »

Mag Liège vous emmène à la rencontre de Delphine Thirifays, sportive accomplie et championne du monde amateur de duathlon.

« Je pense que ma plus grande qualité est d’être toujours motivée et déterminée. J’ai toujours donné de mon temps et de ma personne pour mettre un maximum de chances de mon côté pour y arriver. Je ne compte pas mes heures à l’entrainement et suis plutôt du genre à faire deux heures de plus que deux heures de moins », me confie Delphine Thirifays, aussi performante à pied qu’à bicyclette.

Après avoir pratiqué le basket et le tennis durant son enfance et son adolescence, Delphine s’est orientée vers la course de fond à dix-sept ans, vers le cyclisme en parallèle deux ans plus tard et brille actuellement à haut niveau sur le duathlon, discipline qui réunit la course à pied et le vélo. Un exercice dans lequel la Ninanaise – qui pratique le basket et le tennis en loisir – performe comme en atteste son récent titre de championne du monde amateur conquis en octobre 2021« Je n’y croyais pas au départ car c’était ma toute première participation aux championnats du monde et sur full distance. J’y allais avec pour seul objectif de terminer l’épreuve », me précise-t-elle. Mais quand Delphine sortait en seconde position de la première « run part », elle comprenait qu’elle avait un rôle d’outsider à jouer et plus rien à perdre. En jetant toutes ses forces dans la dernière partie de l’épreuve, elle finissait par franchir la ligne d’arrivée en tête. « Me retrouver en tête d’une telle course m’a encore davantage donné envie de me transcender et je voyais le podium se rapprocher au fil des kilomètres. Ce fut vraiment pour moi la consécration de mon début de carrière. C’est un peu le rêve de tout athlète et une belle revanche sur toutes les périodes où j’étais blessée. Cela a véritablement donné du sens à toutes ces heures consacrées à l’entrainement pour revenir à chaque fois à mon meilleur niveau. » Et d’ajouter : « Ma vie est cependant restée identique, j’ai juste rajouté une ligne un peu plus prestigieuse que les autres à mon palmarès. Et je reste consciente qu’il y a un monde de différence entre la catégorie amateure et la catégorie pro. »

Delphine, le sport semble occuper une très grande place dans ta vie. En quoi t’est-il indispensable ?

Effectivement, il occupe une très grande place (rires). C’est devenu un réel style de vie pour moi. Le sport m’a énormément appris de la vie. Comme tout le monde, j’ai parfois dû traverser des épreuves et le sport m’a aidée à me forger un caractère, à me retrouver et à me relever à chaque fois. On me demande pourquoi je m’inflige tout cela mais ce n’est pas la sensation que j’éprouve même si j’ai toujours dû beaucoup bosser pour y arriver. M’investir ainsi dans une pratique sportive m’a appris la rigueur et à ne pas craindre de sortir de ma zone de confort. Le sport fait désormais partie intégrante de ma vie et contribue à mon équilibre.

Tu t’es notamment fait connaître en te lançant des défis iconoclastes comme un Giro en Belgique ou grimper dix fois la Redoute. Qu’apprécies-tu tant dans ces efforts intenses ?

Je suis challenger dans l’âme et je me suis assez vite rendu compte que j’étais vraiment faite pour des efforts de longue distance. Mon seuil de résistance est assez élevé et c’est un aspect que j’adore travailler à l’entrainement. Et puis, c’est souvent la météo – qui est rarement de mon côté (rires) – qui complexifie ces défis. Mais les conditions climatiques font partie intégrante du duathlon. Pour l’instant, je m’en suis toujours bien sortie face aux conditions climatiques mais c’est un élément très important à prendre en compte en s’alignant sur la ligne de départ.

Comment te viennent ces idées que certains pourraient trouver saugrenues ou farfelues ?

C’est en 2019, lorsque j’ai décidé de représenter l’asbl Leg’s Go et de grimper quatre fois le Mont Ventoux à vélo pour atteindre le dénivelé équivalent du Kilimandjaro. À ce moment-là, je souffrais d’une blessure au pied et ne pouvais plus pratiquer la course à pied. Le manque de compétition se faisait ressentir peu à peu et j’avais besoin de trouver une alternative pour me dépasser et repousser mes limites. La période Covid est ensuite arrivée et je me suis retrouvée avec des compétitions annulées alors que j’atteignais mon pic de forme. J’avais besoin de mettre à profit les nombreuses heures consacrées à l’entrainement et d’entretenir ma motivation. Réaliser ces challenges à chaque fois pour une cause caritative leur donnait plus d’ampleur et me fournissait davantage de motivation.

Tu as également intégré la première équipe cycliste féminine wallonne. Que cela représente-t-il pour toi ?

C’est évidemment positif. Dans le passé, pour évoluer au même niveau, j’aurais dû aller en Flandre. Cette équipe tend à faire connaitre davantage le cyclisme féminin dans notre région et cela m’a apporté pas mal d’expérience de la rejoindre. Mais en tant qu’athlète de haut niveau aussi en course à pied, ce n’est pas toujours évident de concilier les deux, surtout en tant qu’amateur.

En tant que sportive émérite, comment juges-tu la place du sport féminin en Belgique ? Qu’est-ce qui pourrait être amélioré ?

Il y a un gros manque de considération à ce niveau-là. Nous vivons dans un pays où le sport ne fait pas partie des mœurs et est loin d’être une priorité. Nous ne bénéficions d’aucune aide ni d’aucun soutien de la ligue tant que nous sommes amateurs. Je crois que nous sommes dans un pays où il faut avant tout être passionné par sa discipline sportive sous peine d’être vite dégoûté.

Le Covid perturbe les compétitions sportives depuis deux ans. Quels sont tes espoirs et objectifs pour les mois à venir ?

Cette pandémie nous a appris à nous adapter mais c’est vraiment très compliqué de planifier une saison sans vraie perspective. Mes trois premiers objectifs internationaux en 2022 ont déjà été annulés. Plus cela tire en longueur et plus cela devient frustrant. Désormais, je me prépare pour les Championnats d’Europe et du Monde middle distance de duathlon.

Thiebaut Colot