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Pueblo : un tourbillon d’émotions

Avec Pueblo, Ascanio Celestini et David Murgia livrent à nouveau une œuvre forte, qui oscille entre le tragique et le comique et nous emmène dans un tourbillon d’émotions. Récit d’une soirée pas comme les autres.

Jeudi 17 février, malgré la pluie qui tombait sans discontinuer et battait le pavé, c’est avec enthousiasme que mon invitée et moi-même prirent le chemin du Manège Fonck pour assister à la représentation de Pueblo, l’une des pièces phares du Festival de Liège. J’avais adoré Discours à la Nation et Laïka, les deux premiers opus du duo composé d’Ascanio Celestini et de David Murgia, et espérais être une nouvelle fois conquis.

Dans un manège Fonck savamment décoré, la guinguette de l’entrée conférant aux lieux une atmosphère délicieusement surannée, la foule se pressait et les tribunes affichaient complet. Sans une minute de retard, le spectacle commençait et, je le reconnais aisément, fut à la hauteur de mes espérances. Durant pas loin de deux heures passées à la vitesse de l’éclair, l’excellent David Murgia a tenu la scène avec brio, sa présence époustouflante et son interprétation se révélant à nouveau remarquables. À travers une galerie de personnages auxquels il est difficile – impossible même tant l’humanité du texte transpire de chaque exclamation du comédien – de ne pas s’attacher, Pueblo dresse le temps d’un jour de pluie le constat d’une société qui marche à l’envers. C’est tragique, émouvant, mais drôle – ce petit tacle au tram – aussi car bon sang ! le rire peut sauver de tout.

Parfaitement accompagné en musique par Philippe Orivel, David Murgia slame parfois en italien, se perd – à peine – en digressions, improvise avec talent, gère le tempo d’un texte fort qui oscille entre le tragique et le comique, nous emportant dans un tourbillon d’émotions. En dénonçant les turpitudes de l’existence de ces « invisibles », les deux comparses ne manquent toutefois pas de relever toutes les petites joies qui font le sel de la vie et le bonheur du quotidien, comme une promesse que tout n’est pas perdu. Choqués parfois, émus souvent, hilares de temps à autres, les spectateurs sont conquis, tout comme ma charmante invitée et moi-même. Lorsque la représentation prend fin, c’est à regret que nous quittons Léonore, Saïd, Dominique et les autres, conscients que quelque chose ne tourne pas rond dans notre société mais que ceux qui la composent valent la peine qu’on se relève les manches pour tenter d’améliorer ce qui peut l’être. Et sur les quais de la Meuse, à la lumière des lampadaires d’une Cité Ardente endormie, le débat peut commencer.

Thiebaut Colot

Crédit photo : Céline Chariot