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Le tatouage : une marque corporelle aux multiples sens

Depuis fort longtemps, le tatouage interroge quant à ses origines relativement floues et ses significations ô combien variées. Le fait d’ajouter des symboles dans la chair existe aux quatre coins du monde et constitue un point commun entre les êtres humains sur tous les continents.

Photo tatouage

Bien qu’il existe un vaste nombre de tribus et de sociétés, un point commun unit les Hommes depuis la nuit des temps : le tatouage. Certes, ces marques recouvrent des sens différents mais elles ont touché d’une manière ou d’une autre l’ensemble des sociétés humaines et font partie intégrante de de notre histoire.

Les plus anciens tatouages

Les plus anciens tatouages ont été retrouvés sur la momie d’Ötzi, l’homme de glace, en 1991. Il aurait vécu entre 3400 et 3100 avant Jésus-Christ. Ses soixante-et-un tatouages sont placés autour d’articulations et d’endroits ayant subi des déformations osseuses. Si les scientifiques ont émis des avis partagés quant à la signification de ces marques, un consensus a été établi : ces tatouages auraient été réalisés pour des raisons médicinales et thérapeutiques afin d’atténuer la douleur. 

Si, en Europe, l’origine du tatouage n’est pas précise, on peut toutefois affirmer que cette pratique aurait connu une baisse de popularité au Moyen-Age suite à l’interdiction par le pape Adrien 1er en 787 de notre ère. En effet, dans les textes sacrés, le tatouage serait symbole du Malin. Ce n’est qu’au 18ème siècle que le marquage des corps reprend en force avec les marins qui ramènent des souvenirs et pratiques de leurs expéditions autour du monde.

L’origine du mot « tatouage »

Le terme « tatouage » tient son origine du mot « tatau » qui signifie, en tahitien, dessiner ou frapper. C’est le Dr Berchon, traducteur du second voyage de Cook vers Tahiti en 1772, qui emploiera le mot « tattoo » pour la toute première fois. Le terme sera francisé en 1700 et apparaitra pour la première fois sous la forme « tatouage » dans le dictionnaire à partir de 1798.

Ce n’est pas un hasard si le mot « tatouage » tient son origine de la langue tahitienne. En effet, s’il y a un endroit où la pratique du tatouage est bien connue, c’est en Polynésie. Étant à la fois le lieu où cette technique est la plus répandue, La Polynésie est aussi l’endroit où elle s’est le plus développée.

Les tatouages en Polynésie

De manière générale, en Polynésie, le tatouage sert principalement à renforcer la fécondité et les liens avec le surnaturel et le sacré. La signification du tatouage varie de tribu en tribu si bien que, pour les Areoïs, le tatouage permet de différencier les membres d’une société et de marquer leur appartenance à des rangs. Ainsi, les rangs portent le nom de l’endroit où se situe le tatouage, le premier rang se nomme « jambes tatouées », le second « bras tatoués » et le dernier « flancs tatoués ». Les chefs arboraient généralement des tatouages sur le visage. Par ce geste, ils montraient qu’ils appartenaient à la noblesse.

Dans les Îles Marquises, le tatouage revêt plusieurs sens dont l’esthétisme. En effet, les Marquisiens avaient pour coutume de tatouer l’ensemble de leur corps à l’exception de la paume de la main et de la plante des pieds. À la fin du 19ème siècle, il était d’ailleurs interdit pour une personne qui n’avait pas le dessus de la main tatouée de se servir dans la marmite commune. De la même manière, un homme ne pouvait prétendre prendre une épouse.

Pour réaliser le colorant, les Marquisiens employaient du noir de fumée tiré de la noix de Bancoulier (arbre poussant dans les Îles Marquises) et la mélangeaient avec de l’eau pour ensuite venir piquer la peau. Pour atteindre la zone située entre le derme et l’épiderme, les Martiniquais se servaient d’un manche de bambou auquel ils attachaient un objet pointu (os animal, morceau de nacre, dents de poisson). Il leur suffisait de venir frapper l’outil de tatouage avec un marteau pour que l’encre s’imprègne dans la peau.

En Nouvelle-Zélande, le tatouage va de pair avec le mariage et constitue une marque de séduction autant chez la femme que chez l’homme. Dans la tribu Maori, le tatouage est appliqué aux jeunes gens dès leur puberté. S’il y a refus de se faire tatouer, c’est la mise à l’écart du groupe qui s’applique pour manque de courage.

Les tatouages en Asie

Au Japon, dans l’ancien temps, le fait de marquer la peau était réservé aux criminels et aux prostituées, ce qui explique que le tatouage soit encore mal perçu aujourd’hui dans la société japonaise et que la classe dominante méprise cette pratique. Cela étant, entre le 17ème et le 19ème siècle, le tatouage connut un certain succès auprès des hommes dont le métier était pénible. Ils se tatouaient des animaux connus pour leur virilité comme le lion.

C’est également au Japon que fût créée le « tatouage négatif » nommé en japonais «kakushibori » qui signifie « tatouage caché » . Réalisé à base de poudre de riz, ce type de tatouage n’est pas visible en permanence et n’apparait qu’à certains moments tels que lors d’une excitation, de la prise de bains chauds, ou encore sous l’emprise d’alcool où il se teinte alors de rouge.

Tout comme au Japon, le tatouage est relativement mal perçu en Chine. En effet, son utilité première est de marquer les délinquants de façon humiliante. De cette manière, ils sont facilement identifiables au sein de la société.

Les tatouages des régions d’Afrique

En Afrique, le tatouage possède encore une fois plusieurs significations possibles en fonction des peuples et des régions. Par exemple, chez les « coptes » (chrétiens d’Égypte), il est fréquent de retrouver un tatouage sur le bras avec la date du pèlerinage réalisé à Jérusalem. Un autre tatouage est également visible sur le poignet. Il s’agit d’une croix faisant référence à la religion chrétienne.

Bien que cette pratique soit très largement répandue, la religion islamique interdit le tatouage et le Coran écarte toute modification apportée au corps humain car il est défendu de retoucher la création de Dieu. Cela étant, il existe le tatouage au henné affectionné par les femmes. Il permet d’exhiber des tatouages limités dans le temps.

Au Caire, le tatouage vise un but médicinal et thérapeutique. Ainsi, le dessin de l’oiseau dans le coin externe de l’œil est réalisé pour écarter les migraines et lutter contre la faiblesse d’esprit.

En Afrique Noire, le tatouage permettait autrefois de se différencier des esclaves qui n’en portaient pas. Il correspond aussi à des rites d’initiation et marque l’appartenance à un groupe.

En conclusion, la pratique du tatouage côtoie depuis presque toujours l’histoire de l’Homme et ses significations sont aussi multiples qu’il existe de peuples et de sociétés dans le monde. De même, les sens de ces marques corporelles varient en fonction de l’époque et du lieu.

Céline Gonzalez-Gonzalez