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Daniel Salvatore Schiffer : Humanité, tolérance, liberté et engagement

Vous l’avez certainement déjà croisé dans les rues de la Cité Ardente, peut-être en terrasse… Si c’est le cas, vous avez remarqué son élégance, sa prestance, son regard un peu rêveur, son sourire énigmatique… Liégeois d’origine (où il a fait toutes ses études, de la maternelle à l’Université de Liège), c’est à Paris (« parce que ma langue est le Français, c’est ma culture », confie-t-il) qu’il a un temps posé ses valises, après de nombreuses années en Italie (« la patrie de mon père », précise-t-il). Aujourd’hui, il est de retour en Cité Ardente. Professeur de philosophie à l’Académie des Beaux-Arts de Liège, il a également travaillé comme éditeur pour une maison d’édition en Italie, enseigné à Milan, vécu une page de sa vie dans le monde de la mode avec la Comtesse Visconti (« la cousine du réalisateur Luchino Visconti », précise-t-il), donné cours de Français à Gianni Versace, publié les mémoires d’Andreï Sakharov, Prix Nobel de Physique… La culture le nourrit, l’action le définit. Loin de l’image de l’intellectuel dans sa tour d’ivoire, Daniel Salvatore Schiffer s’engage, se révolte, notamment contre la privation de nos libertés fondamentales par la crise sanitaire dans Le meilleur des mondes possibles, Editions Samsa, 2021 (ouvrage collectif, coécrit avec Elsa Godart, Robert Redeker, Luc Ferry, et la participation d’Audrey Palma). Récemment, Il a exprimé également ses craintes contre le retour des Talibans à Kaboul dans les médias. Pour toutes ces causes qui nous donnent parfois envie de hurler, l’essayiste se fait la voix de l’Humanisme et des Droits de l’Homme, dans la droite ligne des Lumières ou d’Albert Camus (qu’il préfère à Sartre, trop intolérant et militant selon lui). Il y a quelques années, il a soutenu les étudiants de Tien An Men ou encore la création d’un état palestinien. Il a également beaucoup écrit sur le conflit en ex-Yougoslavie et – suite à un voyage qu’il avait organisé pour le Prix Nobel de la Paix Elie Wiesel – aidé à libérer le plus grand camp qu’avaient les Serbes en Bosnie : 3000 hommes dont 2500 musulmans Bosniaques et 500 Croates (une aventure racontée dans son livre Requiem pour l’Europe, L’Âge d’Homme, 1993).  Un acte pour lequel il a reçu l’équivalent du Prix Nobel de la Paix en Serbie. Mais s’engager pour défendre des valeurs humanistes n’est pas sans risque ; En 2014, Daniel Salvatore Schiffer a reçu des menaces de mort pour des propos tenus sur la récupération du Coran par les fondamentalistes. Qu’à cela ne tienne, à 64 ans, rien ne semble arrêter le philosophe et c’est avec plus de ferveur que jamais qu’il défend ses idéaux, parmi lesquels la laïcité, à ne pas confondre avec la neutralité du Royaume de Belgique qui entretient, selon lui, trop de malentendus ! Le Soir, La Libre Belgique, le Point, le Corriere de la Serra, Mediapart et bien d’autres médias lui ont ouvert leurs colonnes et il est fort probable que vous ayez lu l’une de ses tribunes. Si ce n’est pas le cas, courez vous rattraper en lisant l’un des 30 ouvrages qu’il a rédigés tout au long de sa carrière ; non seulement, vous découvrirez une plume exceptionnelle mais aussi un intellectuel au grand cœur qui ne cessera jamais de croire en la nécessité de l’engagement (à ne pas confondre avec le militantisme qu’il considère comme une vision étriquée de l’engagement), avec un supplément d’âme et d’esthétisme qui ne nuit en rien à sa crédibilité, au contraire…  

Parce que Daniel Salvatore Schiffer ne se contente pas d’être brillant, il est également l’un des représentants les plus emblématiques du dandysme. Auteur de nombreux livres sur le sujet, il en exprime toutes les nuances à travers ses écrits, dont plusieurs sur le plus connu des dandys : Oscar Wilde. Bowie, Byron, Baudelaire, Amy Winehouse sont autant d’autres de ces dandys mis à l’honneur à travers ses écrits dont le dernier en date, L’Ivresse artiste – Double portrait : Baudelaire-Flaubert, (Editions Samsa, 2021). Mais n’allez pas croire qu’il s’agit ici de frivolité ! « Le dandysme est un art de vivre, un mode d’être, c’est aussi une révolte contre la platitude, la médiocrité et la laideur du quotidien », insiste-t-il. « Lorsque j’étais adolescent, le poster dans ma chambre n’était pas celui des Stones ou des Beatles, mais de Léonard de Vinci. Je me suis intéressé à l’Art très jeune, aussi à la philosophie et la littérature parce que c’est aussi ce qui me sauvait de l’emprise paternelle. Je me suis tellement intéressé à l’Art que je me suis demandé pourquoi l’Art et l’Esthétisme ne devraient être que de la théorie. Puisque je suis nul en dessin, en peinture, en sculpture, pourquoi ne pas faire de ma propre vie et de ma personne une oeuvre d’Art. C’est comme ça que je suis tombé dans le dandysme, littéraire et philosophique, c’est-à-dire Baudelaire, Oscar Wilde…Baudelaire est celui qui a le mieux défini le dandysme, qui en a brossé le tableau le plus concret, dans un texte qui s’appelle Le peintre de la Vie Moderne, une critique d’art qu’il avait publiée à l’époque dans Le Figaro. Pour lui, le dandysme, c’est avant tout la distinction (avec un double sens, c’est à la fois être distingué et se distinguer par rapport à la masse). La distinction exprime directement que vous êtes un être singulier. Il dit aussi que le dandysme est une ascèse, une discipline. Wilde résume le dandysme en une phrase : Faire de sa vie une oeuvre d’art et de sa personne une œuvre vivante. Moi, je vais encore plus loin. C’est le thème de mon livre Traité de la mort sublime, l’art de mourir, de Socrate à David Bowie, faire de sa vie une œuvre d’Art. C’est ce qu’a fait Bowie ! ».

Vous l’avez compris, on pourrait vous en parler pendant des heures, tout comme il est difficile de le quitter, tant une conversation avec lui s’apparente à une bouffée d’oxygène intellectuelle. Nous ne pouvons que vous conseiller de lire ses ouvrages et, qui sait, ouvrez l’œil, vous aurez peut-être, vous aussi, la chance de passer un moment en sa compagnie…