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En Piste et Pan’Art, deux cadeaux aux amateurs d’art contemporains et à ceux qui n’aiment pas…

Il est un peu dommage, lorsqu’on reçoit un cadeau, de ne pas le déballer et de ne pas en profiter. Surtout lorsque le principal frein à ce plaisir tient de l’incompréhension et de la difficulté à apprécier des choses qui heurtent notre bon sens. L’exposition En Piste, qui s’est tenue récemment à La Boverie, est un cadeau fait aux liégeois par les galeries d’art contemporain de la province associées au musée de La Boverie. La plus récente exposition Pan’Art, aussi. Pour ceux qui ont pris la peine de les déballer, ces cadeaux auront été un régal pour les yeux. Les amateurs d’art et ceux qui n’auront pas surmonté leur timidité auront assurément eu tort. Espérons qu’ils aient manqué ces rendez-vous annuels pour de bonnes raisons…

C’est sûr, l’art (contemporain) est intimidant. Se mettre au diapason des créateurs et comprendre les travaux présentés peut être difficile pour le spectateur lambda. C’est sûr que certaines œuvres minimalistes, pourraient les mettre mal à l’aise en leur donnant le sentiment d’être le dindon d’une farce. Mais il ne faut pas croire que tous les visiteurs qui quittent réjouis de telles expositions ont forcément compris et aimé toutes les œuvres présentées. On est parfois loin du compte…

Découvrir et apprécier de telles expositions, c’est accepter de se laisser guider par ses sentiments et ses ressentis, sans jugement à priori. Il n’est pas important de tout aimer ou de comprendre. Ce n’est pas la question. Face à certaines œuvres, il est d’ailleurs tout à fait légitime de se demander si c’est du lard  ou du cochon. Surtout lorsque la technique nous laisse croire qu’on serait capable du même geste. Mais il faut donner le crédit du geste à l’artiste.

Apprécier En Piste, c’est se réjouir de la diversité des expressions. Découvrir et se confronter au langage, à la grammaire et au vocabulaire de chaque artiste. Peinture, dessin, gravure, photographie, sculpture, céramique, pliage…  Chacun développe ou s’approprie un mode d’expression. Certains sont mêmes multilingues et performent dans plusieurs disciplines. Pas besoin d’être grand connaisseur pour apprécier, la lecture peut rester superficielle et s’exprimer en simples « j’aime (pas) », « cela me parle (pas) » ou « je comprends (pas) ».

Profiter de Pan’Art, c’est rejoindre Pierre, Paule et Jacques derrière les barrières de  l’académisme qu’ils ont renversées par ignorance, éducation, effronterie, appropriation culturelle ou pourquoi pas révolte. Il y a tant de territoires intéressants en dehors des chemins battus. Ces iconoclastes sont là pour nous initier, pour nous bouger… Et il ne faut surtout pas se retenir de les applaudir. Ni de partager ses impressions, ses émotions ou ses réticences avec les artistes, leurs guides ou leurs galeristes, s’ils sont là. Ou plus simplement avec d’autres visiteurs ou pourquoi pas avec un vigile. Ces derniers ne sont pas forcément insensibles. Et cela donne une autre  dimension à l’expérience.

Visiter une exposition d’art contemporain, c’est accepter de passer de l’autre côté du miroir, d’aller à la rencontre d’univers parallèles et d’ouvrir ses chakras. C’est se laisser embarquer par les propositions de ceux qui veulent s’exprimer. C’est peut-être vibrer et résonner en phase avec leurs propos. C’est tout autant légitime de s’amuser de leurs propositions peut-être absurdes ou de lapsus plus ou moins fortuits, plus ou moins révélateurs. Si certains seront plus attirés par la justesse du geste technique, d’autres, plus intellectuels, sans doute, attirés par les sens cachés, tenteront plutôt le décryptage de messages symboliques ou seront à la recherche de quelques clins d’œil adressés par des créateurs facétieux. Le rôle du public n’est-il pas de réagir aux coups de gueule d’artistes révoltés, de prêter l’oreille à des chuchotis, de participer à des conversations civiles et conviviales… et de se détourner de cris par trop agressifs… C’est autoriser son esprit à partir dans des vagabondages inattendus et tellement rafraichissants. Et dans la mesure où le visiteur laisse aux artistes le bénéfice du doute de la sincérité, toutes les réactions sont les bienvenues et enrichissent les artistes et la collectivité. De bonnes raisons de faire fi de sa timidité et d’accepter ce dépaysement.

Visiter une exposition d’art contemporain, c’est la certitude de ne pas tout aimer, de ne pas tout comprendre. Mais c’est aussi pour cela qu’on y va, pour être confrontés à l’inattendu, pour se forger un goût. Finalement, si on n’aime ne fut-ce qu’une des œuvres exposées, qu’il n’y en a qu’une qu’on sauverait pour l’accrocher aux murs de son salon, c’est déjà bien. On pourrait alors considérer qu’on n’a pas perdu son temps.

Visiter une exposition d’art, c’est respecter la diversité des individus, des parcours, des inspirations, des travaux… et  y trouver de la richesse. Que les artistes exposés soient reconnus et dans les musées, en plein cheminement et en recherche de reconnaissance dans le circuit des galeries ou même dans une dynamique thérapeutique, comme dans le cas des travaux exposés à l’occasion de Pan’Art, ne change rien à l’affaire.

Et si malgré tout vous deviez sortir d’une telle exposition avec le sentiment d’avoir été grugé par des œuvres que vous pourriez sans mal réaliser, laissez-vous aller. Faites-le. Reproduisez-les. Intéressez-vous aux parcours de leurs créateurs. Copiez-les… Ne vous arrêtez pas en si bon chemin. Dérivez-en des travaux de plus en plus personnels… Soit vous deviendrez vous-même un artiste et vous comprendrez que la simplicité est souvent le fruit d’un long travail. Soit vous vous arrêterez rapidement, et vous aurez compris que la simplicité est le fruit d’un long travail…

Les expositions En Piste et Pan’Art sont des chouettes cadeaux qui nous sont proposés. De grands plaisirs pour les habitués et de belles expériences pour les plus timides. D’autant qu’on peut les visiter sans aucune pression, ni celle des galeristes, ni celle de devoir accorder son niveau de plaisir ou de jugement aux prix de vente (puisque l’objectif n’est pas la vente et que les prix ne sont pas divulgués). Un jour, peut-être, après quelques visites d’expositions, ces derniers choisiront de faire entrer dans leurs univers respectifs des œuvres de créateurs, peu importe leurs prix, à la place de reproductions industrielles. Ce jour-là, ils feront entrer chez eux bien plus que de la déco, ils feront entrer du bonheur, des vibrations, du sens, de l’âme…

Pierre-Yves Debliquy

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